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Cet article décrit les évènements connus au sujet du concert de Prince au Palace, à Paris, le 3 juin 1981.
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publicité pour le concert de Prince, tirée du livre Un Funk Venu d'Ailleurs, de Philippe Blanchet

Contexte

En ce début des années 1980, l’insouciance et la joie de vivre connues dans les années 1970 laissent la place à la crise du chômage et une certaine désespérance. Cette époque verra, en musique, l’émergence de courant musicaux développés après le punk, et qui donneront la New Wave et ses dérivés : cold-wave, dark wave, rock gothique, etc.  A l’explosion des couleurs et au psychédélisme de la décennie passée s’opposent désormais la grisaille des banlieues et le no future. 

Pour son troisième album, Dirty Mind, paru en octobre 1980, Prince a pris un virage musical s’imprégnant fortement de ce courant new wave, dans le but de mener un cross-over vers un public plus large, celui des amateurs de punk rock, tels que Roxy Music, Devo, The Cocteau Twins, et autres. En se radicalisant ainsi, et en livrant des textes au contenu plus osé, il touche une population élitiste et underground, qui lui vaut de bonnes critiques dans la presse spécialisée.  

En France Prince est alors un artiste mineur, qui n’a obtenu qu’un succès d’estime avec son premier 45T, I Wanna Be Your Lover. Mais la sortie de Dirty Mind lui donne effectivement l’accès à une population toute autre que les amateurs du disco : celle des nightclubbers et des débauchés. La diffusion régulière du clip de Uptown au troisième étage de la discothèque La Scala à Paris, où on le voit sur scène en pardessus s’ouvrant sur un bikini noir, fera l’objet d’un bouche à oreille persistant. Et lorsque vient l’annonce d’un concert parisien en juin 1981, on veut aller voir le phénomène comme si l’on allait voir un numéro de cirque. Le fait que le concert soit prévu au Palace contribue aussi à l’intérêt de l'évènement. A l’époque, cette salle est en pleine gloire et dispose d’une clientèle éclectique, libre, et délurée.  

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Prince et Dez Dickerson au Palace (capture vidéo)

Le concert, organisé par Jean-François Bizot (repreneur du magazine Actuel, et fondateur cette année-là de Radio Nova), a lieu dans le cadre d’une tournée européenne de seulement 3 dates : le Paradiso d’Amsterdam le 1er juin, le Lyceum de Londres le 2, et le Palace à Paris le 3. Les deux premiers concerts se passent admirablement bien, mais c’est surtout la date parisienne qui est attendue par Prince, qui choisira de filmer ce concert pour ses archives personnelles. 

Quelques affiches ont aussi été disposées dans le métro (en petit format, pas les 4x3) et sur les murs parisiens, et on trouvait quelques publicités dans des magazines rock, mais globalement personne ne connaissait encore Prince. Il y eut aussi un certain nombre d’invitations dispensées auprès de journalistes et critiques rock, avec une proportion non négligeable de personnes qui n’ont même pas daigné se rendre au spectacle.

Avant le show

Le mercredi 3 juin 1981, le public se presse pour le premier concert de Prince dans la ville lumière. On a longtemps dit que le show était déserté, ce n’est pas vrai du tout même si c'était loin d'être totalement complet. D’après nos recherches environ 850 tickets auraient trouvé preneur sur une capacité debout de 1500 places. 

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Prince, au Palace (capture vidéo)

Le show est prévu pour 20h30, mais il apparaît rapidement qu’il n’aura lieu que bien plus tard. Prince, son groupe, et son matériel doivent arriver de Londres mais il y a du retard. Une partie des instruments est resté bloquée à la douane. A cette époque l’Europe n’a pas encore ouvert ses frontières et les formalités douanières entre pays peuvent prendre du temps. Il n’y avait pas de téléphone mobile et les informations arrivaient au compte-goutte quand il était possible de trouver un téléphone fixe. 

A un peu plus de 22 heures, un représentant du Palace vient sur scène pour expliquer la situation au public présent dans la salle. C’est alors qu’une certaine partie du public commence à partir.

A minuit, Prince n’est toujours pas arrivé sur scène et la plupart des spectateurs quittent les lieux, probablement pressés par les horaires du métro.  

Le concert débutera aux environs de 2h du matin, soit près de six heures après l’horaire prévu. A ce stade, il ne reste dans la salle que 180 personnes environ.

Le show

Du fait des témoignages parcellaires et souvent largement fantasmés au sujet de ce show, la meilleure source d’information reste l’enregistrement vidéo issu des archives personnelles de Prince. Cet enregistrement a été fourni à la BBC en 1991 pour alimenter le documentaire Omnibus avec l’assentiment de Paisley Park. Un extrait de ce concert, pendant le titre Jack U Off, figure dans ce documentaire. Le concert intégral n’a pas mis longtemps à circuler ensuite sous le manteau, et malgré une qualité d’image perfectible il nous donne un assez bon compte-rendu de ce qui s’est passé ce soir-là.  

Le show débute avec Do It All Night, un titre issu de Dirty Mind et qui fut aussi un single en Grande-Bretagne. Le titre s’enchaine avec Why You Wanna Treat Me So Bad ?, qui fut le second single américain de l’album Prince et pouvait donc potentiellement être diffusé sur certaines radios. Pour ces deux premiers titres, Prince porte encore un pardessus fermé. Why you Wanna Treat Me So Bad ? est l’occasion d’un solo de guitare rock. 

Philippe Manoeuvre, l’un des rares journalistes présent au show, fera la description suivante : « dès le premier accord, il est apparu que Prince jouait plus fort que les Plasmatics » (qui sont passés au Palace quelques mois plus tôt, en février 1981). 

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Le groupe au complet sur la scène du Palace (capture vidéo)

Gotta Broken Heart Again vient alors calmer le jeu. Juste avant de commencer, Prince dira au public un simple : « désolé pour le retard ».  

Prince, qui a troqué son pardessus pour une chemise à rayures négligemment ouverte sur son bikini noir, propose alors un nouveau titre, Jack U Off, que l’on retrouve sur l’album Controversy à paraître en octobre 1981. 

Vient ensuite un très bon When You Were Mine, puis le single isolé paru en Angleterre pour célébrer les shows : Gotta Stop (Messin’ About), paru peu de temps avant et donc sensiblement inconnu du public.  

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A la fin du concert, Prince ne porte plus qu'un slip et des bas

Sexy Dancer vient ensuite et maintient l’énergie du show, avant de passer à Sister, autre morceau emblématique. Prince se lance alors dans un long Still Waiting avant de finir sur le titre Partyup. Au moment de Dirty Mind, Prince se dénude de plus en plus. 

Le dernier morceau, joué au titre de rappel, est une version rageuse du single Uptown qui fut édité en single promotionnel en France. Prince ne porte alors plus rien d’autre qu’un slip noir et des bas.

Analyse 

L’une des premières constatations en regardant ce concert est que contrairement aux rumeurs qui ont longtemps circulé, Prince ne s’est pas fait « jeter de scène » ce soir-là. Il y a probablement confusion avec l’épisode survenu en première partie des Rolling Stones, à Los Angeles en octobre 1981, où Prince a quitté la scène après cinq titres sous une pluie de détritus. Dans les premières années de la notoriété de Prince, cet évènement avait fait grand bruit. 

En revanche il est probable que les spectateurs partis trop tôt ce soir-là, en pensant que Prince ne viendrait jamais jouer, se sont mordu les doigts en découvrant la teneur du spectacle dans les jours qui ont suivi. D’autant qu’ils avaient payé leur place et qu’elle n’a probablement pas été remboursée vu que le concert a bien eu lieu. L’engouement pour ce concert n’a fait que grandir durant les années suivantes, un nombre important de fans, de journalistes, ou de célébrités, se réclament comme ayant vu Prince au Palace alors que cela n’a vraisemblablement pas été le cas. 

Sur le show lui-même, il est difficile de juger la réception du public qui réagit peu dans une obscurité prononcée. Mais n’oublions pas qu’il est déjà bien tard quand le concert a lieu. 

Le contenu du show est sensiblement différent des témoignages que nous avons sur les concerts de la tournée américaine qui eut lieu au début de l’année. En France, Prince n’a joué ni Head (alors que c’est pourtant un moment phare du concert, celui dans lequel Prince masturbe sa guitare), ni I Feel For You, ni même de façon plus surprenante, le single I Wanna Be Your Lover. Il est probable que l’horaire tardif ait contribué à alléger le show, mais il se peut aussi que ce soit ainsi, la durée totale du show étant d’environ à peine plus d’une heure ce qui est classique à cette époque pour un nouvel artiste. 

Lorsque j’ai rencontré Bobby Z à Minneapolis en 2012, je l’ai questionné sur le show du Palace, pour savoir si ce concert représentait quelque chose pour lui. Ce n’est pas vraiment le cas, et il n’a pas de souvenir particulier de ce concert.  Ce dont il se souvient s’entremêle avec la vidéo, qu’il connait également.

Musiciens :

Bobby Z : batterie
Lisa Coleman : claviers
Matt Dr Fink : claviers
André Cymone : basse
Dez Dickerson : guitare

Set list :

Do It All Night
Why You Wanna Treat Me So Bad ?
Gotta Broken Heart Again
Jack U Off
When You Were Mine
Gotta Stop (Messin' About)
Sexy Dancer
Sister
Still Waiting
Partyup
Dirty Mind
Uptown

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