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Cet article relate mon expérience vécue lors des deux concerts donnés par Prince au Zénith de Paris, le 1er juin 2014.

Ces concerts sont donnés à la suite d’une série de shows « Hit N Run Part II » en Europe en mai 2014. Il s’agit des derniers concerts que Prince a donné dans la capitale française, et également les deux derniers concerts que j’aurai l’occasion de voir.

Contexte 

Nous étions encore à Amsterdam le lendemain du concert au Ziggo Dome le 25 mai lorsque nous apprîmes que Prince donnerait deux concerts au Zénith de Paris le 1er juin, soit moins de cinq jours après ! Les billets seront mis en vente le lendemain du concert d’Anvers prévu le 27 mai. C’est donc en seulement trois jours que Prince compte remplir deux fois le Zénith de Paris, ce qui est une beau challenge alors que son actualité était assez morne.

Ceci dit, nous accueillons ces concerts de Paris avec une certaine amertume. Nous venions en effet de dépenser pas mal d’argent pour nous rendre à Amsterdam et à Anvers, et c’est seulement une fois que ces concerts furent sold out, et notre voyage organisé, que les shows de Paris ont été annoncés. Je ne pense pas qu’il s’agisse d’un acte volontaire, mais le fait de toujours tout faire à la dernière minute devient un peu lassant à la longue, il faut l’avouer. Fort heureusement, le 1er juin est un dimanche ce qui évite déjà de poser une journée de congé. On se retrouve aussi avec deux concerts le même soir, ce qui était fréquent sur la première partie de la tournée (les shows londoniens à £10 l’entrée) mais pas sur les concerts dans les plus grandes salles. 

Les tarifs pour Paris vont de 77 € pour la fosse, à 143 € pour les meilleures places assises, soit des prix similaires au Grand Palais en 2009. Cependant il y eut beaucoup moins de tapage médiatique et l’achat des billets à 10h le 28 mai ne posa pas de problème particulier. Voulant la jouer à la cool, et ayant déjà vu deux shows de cette tournée plus les Montreux en 2013, je décide avec mon ami Cyrille de prendre une place assise dans le carré Or uniquement pour le deuxième show. Il nous paraît évident que le second concert sera plus jouissif et long que le premier, coincé entre l’heure de démarrage et la perspective du second concert. De plus nous avions déjà l’expérience du double concert en une soirée, à Montreux puis au Grand Palais en 2009 et à chaque fois le second show était supérieur au premier.

S’il ne semble pas que les concerts furent totalement complets, il faut tout de même avouer que Prince a réussi à attirer plus de 12 000 personnes en moins de trois jours, une sacrée performance. Les places en fosse furent sold out en moins d’une journée après la mise en vente, bien que plusieurs vagues de remise en vente de billets eurent lieu pendant les 3 jours pour tenter de contrer le marché noir.  

Avant le show 

Bien que n’ayant pas de billet pour le premier show, je décide de me rendre aux abords du Zénith en début d’après-midi le 1er juin, pour goûter aux joies des retrouvailles avec des connaissances fans de Prince. En plus des habituels parisiens, on y trouve évidemment bon nombre de personnes vues à Anvers, mais aussi une partie de l’équipe avec qui j’avais effectué le covoiturage depuis la Côte d’Azur en 2013 pour nous rendre à Montreux. Sous un soleil agréable et au fil des discussions, je sens l’adrénaline monter lorsque se rapproche l’heure d’entrée du premier concert. Au final, comment puis-je envisager d’être sur place et d'attendre dehors pendant le déroulement du concert ? D’autant que l’on trouve de nombreux billets à la revente ici et là. Donc ni une, ni deux, j’achète à la sauvette un billet fosse à une demoiselle, et je rejoins la file d’attente. 

Show 1 

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A l'intérieur du Zénith, devant l'écran géant façon "aquarium"

L’entrée dans le Zénith se fit sans histoire, et je trouve sans trop de problème un spot pas trop loin de la scène. Je ne visais de toute façon pas le premier rang. L’écran géant qui barre la scène diffuse des images sous-marines comme lors des précédents shows. Comme d’habitude, nous sommes gratifiés de la diffusion de quelques morceaux et remixes encore inédits à cette date, dont Shut This Down que nous entendons pour la première fois.  

Le premier show était annoncé pour débuter à 18h00, mais il ne démarra qu'une demi heure plus tard. Comme lors des deux concerts précédents, Prince annonça qu’il allait jouer « 14 hits à la suite ». On se retrouve donc avec un set list très similaire à celui vu à Amsterdam et à Anvers.  

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Prince montre son derrière pendant Kiss

Le show s’ouvre sur Let’s Go Crazy, avec Donna et Ida perchées sur les enceintes. L’interpolation de Frankenstein (où Ida joue de la basse saturée) est également incluse. Le morceau suivant est Take Me With U, et là on a une surprise avec l’apparition de Liv Warfield sur scène, pour apporter un complément vocal bienvenu même si elle en fait un peu trop. Elle reste sur scène pour Raspberry Beret. Avec U Got The Look, c’est Damaris Lewis qui fait son entrée, mimant un défilé de mode. Décidément il y a quelques surprises pour le public parisien ! Musicology poursuit le show avec l’interpolation de Mama Feelgood livrée par Liv. Vient alors Kiss, durant laquelle Prince danse comme un déchaîné et montre son derrière aux filles (pour de faux bien sur). Le sampler set vient alors, et poursuit avec When Doves Cry, Sign O The Times et Hot Thing. Poursuite des hits avec un Controversy intégrant Love Rollercoaster et Play That Funky Music. Retour aux classiques princiers avec 1999, Little Red Corvette, et Nothing Compares 2 U. On est donc vraiment dans un concert best-of, et Prince est en mode semi-automatique. Après une pause, il revient pour un set rock avec Guitar, Plectrumelectrum, et Fixurlifeup. Mention particulière à un somptueux Something In The Water (Does Not Compute), et le show se termine par un Purple Rain sans grand relief avec un lâcher de ballons multicolores à la fin. Nous avions eu le même gimmick sur les deux précédents concerts, et je ne vois pas à quoi cela peut servir… les ballons se retrouvant rapidement coincés entre les coursives et le plafond de la salle.

A la sortie, on retrouve les deux sentiments habituels depuis quelques années. Ceux qui ont vu Prince pour la première fois ou le voient de façon occasionnelle sont ravis. Ceux qui ont un historique plus long sont déçus par le côté sans surprise du show.

Interlude 

La sortie du Zénith se fait calmement car disposant de places assises numérotées pour le second show, nous avons près de deux heures à perdre avant le show suivant. C’est donc l’occasion d’aller prendre un en-cas bienvenu et de se reposer dans le parc de la Villette, sous un chouette crépuscule d’été. Tant et si bien que nous revenons un peu trop tardivement vers le Zénith. Le temps d’arriver c’est le morceau Breakdown qui est joué en audio, ce qui est le signal du début du concert. Le temps de me frayer un chemin dans la foule pour retrouver mon siège, et on en est déjà à la moitié de Let’s Go Crazy.

Show 2 

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Prince, Damaris, et Liv

La perspective depuis les places assises est sensiblement différente de l’expérience en fosse. J’ai presque un début de regret car l’ambiance des premiers rangs collés à la scène semble être plus soutenue que lors du premier show, et ça donne envie d’y être. Prince l’a probablement remarqué et donne tout ce qu’il peut, malgré une mine qui paraît un peu fatiguée. Le début du show est exactement similaire à celui du premier jusqu’à U Got The Look inclus, puis on passe à Cool / Don’t Stop Til You Get Enough chantée en duo avec Liv mais déjà maintes fois entendue dans de précédents concerts. Le sampler set est un peu plus dansant que le précédent, intégrant notamment Housequake et un plus rare I Would Die 4 U. Revient ensuite un enchainement assez classique constitué de Controversy, 1999, Little Red Corvette, Nothing Compares 2 U et Kiss. Evolution par rapport au premier show, on a droit à un segment au piano, comprenant Diamonds And Pearls, The Beautiful Ones, How Come U Don’t Call Me Anymore ?, et surtout Empty Room, avant de passer à Purple Rain. Néanmoins même si on apprécie toujours ces deux derniers morceaux, une certaine lassitude nous gagne.  

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Donna Grantis en pleine action

Le show aurait peut-être dû se terminer à ce stade, mais pendant le break le public reste très chaud et insiste pour que Prince revienne. Son retour s’effectue sur She’s Always In My Hair (qu’il date de 1982) chantée en duo avec Liv qui se laisse un peu trop aller. A tel point qu’elle dénature un peu trop la chanson, ce qui vaudra quelques commentaires peu élogieux à la sortie du concert. Funknroll et Play That Funky Music permettent de maintenir une ambiance électrique jusqu’à ce que Prince quitte à nouveau la scène. On pense que c’est fini pour de bon, mais le public ne se refrène pas un instant même lorsque la salle finit par s’éclairer, signal habituel de la fin de soirée. On sait que Prince peut nous en donner toujours plus. On sait qu’il peut jouer jusqu’à cinq heures du matin s’il en a envie. On sait qu’il peut jouer plus de trois heures sans s’arrêter.  

Oui, mais justement. Ai-je eu ce jour-là une pensée prémonitoire ou était-ce le poids de la fatigue après avoir vécu un premier concert de 90 minutes qui malgré son côté sans relief, n’en reste pas moins une expérience de concert à part entière ? Avais-je remarqué les cernes sous les yeux de Prince et, par moment, son air tiré et fatigué ? Je ne sais pas, mais je me souviens m'être dit à ce moment là qu’il vaudrait mieux le laisser tranquille et s’en tenir là. Pensée étonnante de la part d’un fan depuis 30 ans qui n’aspire qu’à voir apparaître son idole sur scène. Mais à force d’en demander toujours plus, n’en demande-t-on pas trop ?

Prince choisit de revenir et après une longue intro lance Stratus à la guitare, et lorsque les lumières de la salle s’éteignent à nouveau on se dit que ça y est, c’est reparti pour un tour. Passant de la guitare au piano, Prince virevolte, étonne encore, et semble inépuisable. Le jam autour de What’s My Name / The Sacrifice Of Victor apporte un sentiment d’inédit auprès du grand public, qui se laisse envouter avant une nouvelle sortie de scène de Prince et du groupe.

Et comme on sait qu'il est revenu une fois, on se dit que tout est encore possible. Le Zénith, sa salle à nouveau illuminée, crie à plein poumons pour arracher un nouveau rappel. Histoire de calmer le jeu peut-être, Prince revient pour nous livrer la ballade au piano Sometimes It Snows In April dans un esprit de communion.  Ce sera son dernier morceau chanté à Paris.

Comme souvent, ce sont les petits plus qui ont donné à ce deuxième concert ce qui manquait au premier. Déjà il fut plus long, ce qui fut comme un sentiment de revanche sur celui de 18h. Globalement, on ressort satisfait de l’expérience. Le second show fut bien meilleur que le premier, tant dans l'interprétation des hits du début que pour l'ambiance dans la salle. Sans compter le triple rappel extended de la fin, obtenu après de longues minutes de cris incessants. Après, si on compare avec les deux autres shows que j'ai vu à Amsterdam et Anvers, je reste quand même un peu sur ma faim. Il a clairement manqué les solos de basse (il y en avait eu trois à Anvers ! ) et un truc un peu fou-fou qui nous aurait vraiment fait halluciner. Electric Intercourse, réclamé par les fans via les réseaux sociaux, n'a finalement pas été jouée. Manquaient aussi Screwdriver ou The Ride, voire même Endorphinmachine. Heureusement, on a eu What's My Name. A Amsterdam, on avait eu aussi The Love We Make, PretzelBodyLogic, et Condition Of The Heart mine de rien.

Silencio 

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Image de l'entrée du Silencio, prise le 1er juin 2014 alors que nous attendions Prince

Une fois dehors, nous nous retrouvons entre fans. Rapidement, on obtient l’information comme quoi Prince et le groupe se rendent au Silencio, la boîte de nuit façonnée par David Lynch. On décide d’y aller à plusieurs voitures. Une fois arrivé sur place, c’est le calme plat pendant de longues minutes. La rue est quasi déserte, et on squatte sur des bancs situés presque en face. C’est l’occasion de débriefer des concerts du soir et de refaire notre parcours de fan. Au cours de la soirée, on a des allers et venues de plusieurs fans qui se demandent s’il se passera quelque chose, et les rumeurs semblent se confirmer sur le fait que Prince et le groupe vont bientôt arriver, mais la perspective d’un aftershow est très mince, et nous sommes à peine une douzaine de fans irréductibles sur place. On a tenté d’entrer dans la salle mais c’est « soirée privée ». L’attente sera longue, jusqu’à plus de une heure du matin et la fatigue de la journée se fait sentir. La batterie de mon téléphone portable rend l’âme juste au moment où s’avance une Mercedes le long du trottoir. Impossible de prendre une photo. Prince et Damaris Lewis sortent du véhicule, et se dirigent vers une porte qui s’avèrera être un ascenseur donnant sur l’extérieur et menant directement dans la salle. Le voir dans ces conditions, si près, si fragile, sous une lumière de néon, paraît assez irréel. Sa coiffure afro ne lui va décidément pas du tout. Il a l’air fatigué. La porte de l’ascenseur fait des caprices, elle se ferme et s’ouvre plusieurs fois. Quelques fans en profitent pour voler une photo. Prince semble imperturbable. Damaris a le visage fermé. Prince disparaît derrière la porte de l’ascenseur et c’est l’ultime image que j’aurai de lui. Au total, on a dû le voir à peine deux minutes. Quand on sait qu’il est décédé dans l’ascenseur de Paisley Park, cette image fait, rétrospectivement, assez froid dans le dos. Les membres du groupe arrivent dans deux minibus peu après. Ils ne sont pas très loquaces et Josh Welton se barre d’un rictus qui semble dire « qu’est-ce qu’ils font là, ceux-là ? ». Hannah esquisse un sourire mais elle est très fatiguée. Donna baisse les yeux et s’engouffre dans l’établissement. Cinq minutes plus tard, on voit Damaris Lewis ressortir et remonter dans la voiture, puis partir. Elle laisse donc Prince pour aller se coucher ? La soirée semble terminée pour nous aussi, et on lève l’ancre vers 2 heures du matin. D’après nos informations, Prince est ressorti du club à 4h45. 

Épilogue 

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Prince, au piano pendant Sometimes It Snows In April à Paris le 1er juin 2014

Étrange sensation donnée par cette soirée. Pour la première fois, on a senti Prince plus fragile que d'habitude, même si les vidéos volées du concert semblent montrer qu'il a toute son énergie. Mais depuis Montreux 2013 on sent venir poindre un déclin physique qui ne nous annonce rien de bon. Bien évidemment, sur le moment on n'y croit pas du tout, ou on se refuse à cette éventualité. On s'est toujours dit que Prince pouvait jouer jusqu'à être centenaire, même assis sur une chaise avec une guitare acoustique.

Ces concerts au Zénith de Paris marquent les 48ème et 49ème épisodes où je l'ai vu en live. Ils permettent de « boucler la boucle » à l’endroit même où je l’ai vu pour la première fois, lorsque s’est ouvert le rideau noir du Parade Tour, à l’aube de mes quinze ans. Depuis, près de 30 années se sont écoulés avec bon nombre d’expériences diverses, qui souvent ont été les pierres angulaires de ma propre vie. Cette vie de fan a apporté aussi bon nombre de frustrations. On ne compte plus les évènements ratés, les projets fous de voyages finalement abandonnés, ou les périodes de vide après chaque concert. Maintenant, Prince n’est plus là et ces moments particuliers nous ne les vivrons plus jamais. Une partie de notre être s’est arrachée le 21 avril 2016 lorsque nous apprîmes son décès. Entre temps, de nouveaux regrets étaient apparus. Prince aurait dû revenir en France en décembre 2015 dans le cadre d’une tournée appelée Piano & A Microphone. A bien des égards, cette tournée semblait étrange. Prince seul, au piano, même si cela représentait un intérêt en soi, cela donnait tout de même un air de downsizing inhabituel chez lui. Cela faisait penser justement à l'image d'un Prince âgé, assis sur sa chaise. Les concerts étaient prévus à l’Opéra Garnier, mais furent annulés en raison des attentats de Paris du 13 novembre 2015. Prince remplaça cette tournée par une invitation à Paisley Park. Il fallait faire le déplacement, et bien qu’étant annoncés quelque semaines à l’avance, ces shows amenèrent beaucoup de questionnements sur la pertinence d’un tel voyage. Ce n’était pas raisonnable, mais à propos de Prince on est forcément déraisonnable. Un contingent important de fans européens a fait le déplacement, comme s’ils avaient senti l'urgence d'y aller. Cela aurait dû être un signe supplémentaire. Je décide pourtant de ne pas y aller. Puis quelques temps après, de nouvelles rumeurs faisaient état d’une tournée européenne à l’été 2016 ce qui me donna raison dans un premier temps. Nous attendions donc simplement de revoir Prince, comme nous en avions pris l’habitude, tous les 1 à 3 ans. 

Cyrille

Ce concert du Zénith fut également le derniers que je fis en compagnie de mon ami Cyrille. Nous nous étions rencontrés en 1995 à l’occasion d’une galère pour aller voir Prince en Belgique, notre premier road trip princier. Nous avons fait ensuite bon nombre de concerts et de soirées ensemble. On se croisait régulièrement, et étions devenus de véritables amis. Les derniers temps, nous n’arrivions pas à nous synchroniser sur nos déplacements pour aller à des concerts, même si on s'était croisés à Montreux en 2013. Les concerts de Paris ont permis que l'on se retrouve enfin côte à côte. Cyrille a eu un accident de santé quelques semaines après le concert et c'est la dernière fois où je l'ai vu. Chose que je fais rarement, j’ai pris cette photo de lui juste avant d’entrer dans le Zénith. Son souvenir restera donc définitivement associé à ce concert.

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