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The Rainbow Children est le vingt-neuvième album de Prince. Il est tout d'abord paru sous la forme d'un fichier unique au format mp3 à 128 kbps sur le NPG Music Club, avant d'être édité en CD et distribué par NPG Records en partenariat avec Redline Entertainment, le 20 novembre 2001.

Il s'agit du premier album édité sous le nom de "Prince" après la fin du conflit avec Warner.

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The Rainbow Children - CD

Genèse

En ce début des années 2000, après plusieurs années de lutte contre la Warner et une carrière en demi-teinte sur le plan commercial, Prince souhaite revenir à son niveau d’excellence et d’inventivité des années 1980.

En mai 2000, il récupère l’usage légal du nom de « Prince » qui était jusqu’alors un produit détenu  par Warner dans le cadre du contrat signé en 1992. Pour célébrer cette indépendance retrouvée, il lui fallait revenir de manière brillante et honorer ce nom illustre. Dans un premier temps il réalise un projet individuel, l’album High, dont le son électronique et les arrangements squelettiques rappellent ses plus grands tubes des années  1980, comme Kiss ou When Doves Cry.

Cependant à la même époque, le business de la musique est en pleine mutation. Les maisons de disques et les radios ne s’intéressent plus aux musiciens, on trouve à la place des produits pré-fabriqués, des groupes « kleenex » qui sortent un tube et sont vite oubliés.  Les groupes sont créés de toute pièce sur un plan marketing bien précis (Spice Girls), et le plus souvent un mec ou une nana bien foutu(e) et un DJ suffisent. Prince, précurseur de la musique faite par un « self made man » (producteur, compositeur, auteur, interprète, musicien…) et ayant concouru à développer le « home studio » (Paisley Park), se fait dépasser par ce qu’il a lui-même conduit à développer.  Ainsi, des petits nouveaux avec un home studio dans le coin d’une pièce arrivent à sortir des tubes en pagaille, aidés par l’avènement du R&B moderne et du hip-hop, basés sur des rythmes simples et des moyens minimaux.

Alors que Prince ne sait pas réellement quelle voie prendre pour prolonger sa carrière, un changement notable intervient durant l’été 2000 avec le recrutement permanent de John Blackwell à la batterie. Remarqué par Prince lors d’un concert de Patti LaBelle à Minneapolis, John Blackwell devient l’élément central de la nouvelle mouture des New Power Generation. Autre musicien essentiel, le saxophoniste et flutiste Najee, embauché à temps plein en septembre 2000. Bénéficiant déjà d’une carrière conséquente, Najee apporte un nouveau niveau d’excellence, et permet l’ouverture à un « smooth jazz »  qui du coup ne correspond pas vraiment au son électro de l’album High. Prince décidera alors de délaisser l’album High au profit d’un album au son plus « live », et d’inspiration plus ambitieuse.

A l’automne 2000, Prince choisit de prendre un virage à 180° en se positionnant comme « old school », et en cherchant à défendre « la vraie musique jouée par de vrais musiciens ». Il tente ainsi de reprendre à sa manière l’héritage du funk, de la soul et du véritable R&B. Sans sonner passéiste, il va reprendre le flambeau là où d’autres l’avaient laissé dans les années 1970.

Ce choix a pour conséquence de devoir se limiter à un public ambitieux, composé de connaisseurs et de mélomanes, pour ainsi lui permettre de retrouver son aura d’antan. La qualité de la musique enregistrée à l’automne 2000 et qui produira la matière pour l’album The Rainbow Children, encourage Prince dans cette voie. En novembre 2000, il embarque avec son nouveau groupe dans une tournée américaine intitulée « Hit & Run Tour 2000 » dont le but est de rejouer live les hits de ses années Warner, de manière à appuyer le retour au nom de Prince. Le groupe contient donc John Blackwell, Najee, mais aussi Rhonda Smith, Morris Hayes et Kip Blackshire. Lors du premier concert, le titre le plus récent est… Cream de 1991 ! Bien que jouée avec des moyens minimalistes et dans de petites salles, la tournée a été un grand succès et a démontré que le public était attentif à ce son vintage.

Pour autant, Prince ne délaisse pas l’innovation et ouvre en février 2001 le NPG Music Club pour rassembler ses fans les plus fidèles, capables d’investir $100 dans un abonnement annuel pour de la nouvelle musique. Durant les six premiers mois, ce site permettra d’écouler le contenu des projets High et Peace, et de préparer le terrain à la sortie de The Rainbow Children. L’album est présenté en avant première lors de la Celebration, un événement organisé à Paisley Park en juin 2001. Il sera livré par téléchargement aux membres du Club dans l’édition du mois d’octobre, avant d’être disponible en magasins fin novembre.

Enregistrement

Les sessions pour The Rainbow Children ont eu lieu essentiellement à l’automne 2000, et se sont poursuivies jusqu’en février 2001 lorsque les NPG Hornz sont venus ajouter leur contribution sur cinq titres.

En avril 2001, le titre The Work Part 1 est diffusé sur Napster et via le NPG Music Club en avant-première.
L’album est quasi intégralement une réalisation de Prince, ce qui est assez étonnant compte tenu de la teneur de la musique. Si les solos de guitare ne laissent aucun doute, les autres parties instrumentales pourraient comporter des participations non créditées de membres de son groupe. Les seules participations externes affichées sont John Blackwell qui tient la batterie sur presque tous les titres, Larry Graham qui tient la basse sur deux titres (The Work Part 1, et Last December), et les NPG Hornz.

Editions

L'album est d'abord paru le 15 octobre 2001 sous la forme d'un fichier mp3 à 128 kbps, et proposant l'album d'un seul tenant (sans pistes séparées). Il est ensuite paru en CD et en double album vinyle.

  • Side 1:
  1. Rainbow Children (10:04)
  2. Muse 2 The Pharaoh (4:21)
  3. Digital Garden (4:07)
  • Side 2:
  1. The Work Pt. 1 (4:28)
  2. Everywhere (2:55)
  3. The Sensual Everafter (2:58)
  4. Mellow (4:24)
  • Side 3:
  1. 1+1+1 Is 3 (5:17)
  2. Deconstruction (2:00)
  3. Wedding Feast (0:54)
  4. She Loves Me 4 Me (2:50)
  5. Family Name (8:17)
  • Side 4:
  1. The Everlasting Now (8:18)
  2. Last December (7:58)

Analyse

The Rainbow Children possède un nombre incroyable de caractéristiques originales. C’est un album concept thématique, qui est envisagé comme une pièce musicale à écouter en continu. Les titres s’enchainent les uns aux autres à l’instar de l’album Lovesexy, auquel The Rainbow Children est souvent comparé. Pour autant il ne sombre pas dans le côté facile des comédies musicales. L’album raconte une histoire qui est celle des Rainbow Children, un peuple qui possède « la juste compréhension de Dieu et de ses lois », et de leur roi appelé The Wise One (le sage). L’histoire est aussi présentée par un narrateur dont on retrouve la voix grave et légèrement ralentie tout au long du disque. Un peu déconcertante au début, cette voix se fond dans la musique après quelques écoutes.

L’histoire racontée dans l’album est détaillée dans cet article. Elle comprend de nombreuses références à la religion et à l’univers des Témoins de Jéhovah, que Prince avait récemment rejoint sous l’influence de Larry Graham. L’une des phrases les plus évidentes qui l’atteste est celle trouvée dans le morceau The Work, part 1 : ♪ de porte en porte, ils partirent à la recherche de ceux volontaires pour accomplir les travaux ♪, ce qui rappelle le fait que les Témoins de Jehovah viennent régulièrement faire du prosélytisme en porte à porte. Prince lui-même avait été aperçu dans les environs de Minneapolis, frappant au hasard à la porte de certains habitants !

Sur le plan musical, Prince a créé un univers totalement original pour ce disque. La musique est très recherchée et ne comporte aucune tentative de récupération des auditeurs de radios commerciales. On sent que l’album a été créé en totale liberté, sans chercher à être calibré pour tel ou tel public, ou telle ou telle radio.

L’autre analogie avec Lovesexy concerne les arrangements musicaux. The Rainbow Children propose une musique inspirée, omniprésente, et riche, sans jamais être surchargée. Plusieurs passages instrumentaux traversent l'album, avec une guitare à la Santana, très mise en avant. L'évolution des arrangements au cours de l'écoute surprend de nombreuses fois. Le son fait très live, et la technique informatique est utilisée juste ce qu’il faut, en se mêlant directement à l'instrumentation réelle sans surenchérir gratuitement. Les solos de guitare ou de basse sont multiples, tout comme les sons de claviers électroniques. Alors que nous étions habitués à des réalisations plutôt spartiates, on est surpris de trouver une telle richesse dans les idées et les arrangements. L’album a une maturité et une évidence telles qu'on se demande comment Prince a pu faire pour en arriver là. Après tout, cette inspiration et cette implication dans la musique procurent le même sentiment que l'on éprouvait en découvrant les albums des années 80. Nous sommes donc bien en présence du grand retour de Prince, à son plus haut niveau.

Les 30 premières minutes du disque sont tout à fait remarquables et d’un genre inédit chez Prince, passant d’un rythme jazzy électrifié à une guitare soul finement funky, ou un gospel de comédie musicale. C'est le premier disque de Prince qui sonne aussi vintage 70's - piano électrique, guitare wha-wha, batterie prise live sans effets, chorus de sax, flûte... La pochette, un tableau de C’Babi Bayoc, est aussi dans le ton qui renvoie à Marvin Gaye, Donny Hattaway et Curtis Mayfield. C'est en arrivant au titre 1+1+1=3 que l'on trouve un air de déjà entendu, et l’on fait immédiatement la comparaison avec le titre Erotic City, une face-B légendaire de 1984. Mais il y a pire comme référence !

Après cela, la suite ne déçoit pas : Family Name est un extraordinaire groove de funk déconstruit à la Sly Stone, et rappelle le travail réalisé sur le Black Album. Les deux ballades, Muse 2 The Pharaoh et She Loves Me 4 Me, sont juste splendides. L'album se termine par deux chansons de huit minutes chacune : The Everlasting Now qui est le stéréotype de la grosse chanson funky ou du jam de fin de concert, surproduite, pas très surprenante, mais qui évolue vers des solos efficaces, et Last December qui laisse apparaitre une certaine niaiserie au premier abord, mais qui elle aussi évolue vers quelque chose de plus mélodique.

L’une des richesses de cet album est aussi de comporter de nombreuses voix différentes, masculines et féminines, qui donnent de l’ampleur à plusieurs des titres. On reconnaît les voix de Milenia, un chœur de quatre demoiselles employées lors de la tournée Hit & Run Tour 2000, et de Kip Blackshire.

Globalement le disque s’inscrit dans une tradition. Cela veut dire qu'ici, Prince renonce à vouloir sonner contemporain. Mais là où certains se contentent de décalquer les formes d'un âge d'or (Bruno Mars, Pharell Williams…), Prince semble vouloir reprendre les choses où elles en sont restées pour poursuivre un travail laissé en plan. C'est cela qui est ambitieux, la volonté de reprendre à son compte une tradition - en gros celle de la soul music - pas pour l'empailler, mais pour la faire revivre. Cela se ressent surtout sur The Work Part I : puique plus personne n'en est capable, je vais faire le boulot, c'est a dire groover comme les JBs (et ça n'est pas une mince affaire).

Fourni avec une promo également originale - des singles distribués uniquement sur internet, sans clip, sans publicité - The Rainbow Children veut manifestement conquérir par la seule qualité de sa musique. Et il y arrive parfaitement.

Singles

Les singles physiques de The Rainbow Children sont très limités. Le single de The Work Part I n'était disponible que par correspondance via le NPG Music Club. Un "jazz sampler" de She Loves Me 4 Me fut édité en édition très limitée aux USA. Enfin, Last December fut disponible uniquement en promo au Japon.

  • Singles
    • The Work, Part I (3:39) / U Make My Sun Shine (5:52) [CD] US
    • She Loves Me 4 Me [CD/Promo only] US, FR
    • She Loves Me 4 Me (2:49) / The Sensual Everafter (2:58) / Rainbow Children (10:04) / Digital Garden (4:07) [CD/promo only] US
    • Last december (7:58) [CD/promo only] JP

Critiques

The Rainbow Children fut l'objet de deux courants critiques assez opposés. La critique US fut partagée, Rolling Stone par exemple ne lui accordant que 2 étoiles et demi. En revanche, la réception fut bien plus enthousiaste en Europe où The Rainbow Children est souvent positionné à la hauteur du travail de Prince dans les années 1980.

Performances commerciales

L'album a surtout été un succès d'estime aux Etats-Unis, où il atteint à peine 160 000 exemplaires. Il aurait atteint un volume de vente à peut près équivalent dans le reste du monde. On peut donc raisonnablement penser que The Rainbow Children s'est écoulé à environ 300 000 exemplaires, sans compter les ventes digitales.

Héritage

The Rainbow Children est peut être jusqu'à maintenant la dernière fulgurance stylistique de Prince, et en tous cas son meilleur disque des années 2000 voire 2010. L'album a fait l'objet d'interprétations live de haute volée lors de la tournée One Nite Alone, immortalisée sur disque dans le coffret One Nite Alone... LIVE, ce qui montre à quel point Prince est satisfait de cet album. Après presque deux ans d'intenses interprétations en concert, le contenu de cet album est resté ensuite peu usité. Il faut dire qu'il n'est pas évident de sortir l'un des morceaux du contexte de l'album.

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